n°25 – Pastel en ligne / juillet 2014

Il n’est presque plus possible de vivre en ville sans musique. Chaque magasin, chaque restaurant, chaque café a sa musique d’ambiance, même chez le dentiste… et ne parlons pas du métro ou des parkings souterrains, qui lorsqu’ils ne sont pas bloqués sur une radio insupportable, passent de la musique classique (qui commence à Vivaldi et s’arrête à Brahms pour le plus récent), censée apaiser… de quoi ? de la ville ? du stress ? Les compositeurs du XIXe siècle se doutaient-ils qu’aux siècles prochains leurs œuvres serait assimilée à de la thérapie ?
Et puis de nos jours, honnêtement, quelle fête entre amis, quelle crémaillère… ne dispense pas sa musique de fond (quelle qu’elle soit) ? Vraisemblablement depuis une quarantaine d’années il y a eu une translation douce, tacite, d’une pratique sociale vers un remplissage quasi-obligatoire de l’ambiance naturelle en direction de sons choisis, et même répertoriés (playlists en ligne) comme pour conjurer un hypothétique silence provoqué par gênes, embarras ou simplement timidité.
Mais ce phénomène apparemment ne date pas d’hier, car les musiques d’ambiance « commerciales » datent des années trente aux États-Unis (nous verrons ça un peu plus loin).
La musique d’ambiance a-t-elle été créée pour donner l’impulsion de consommation écervelée ? Pas seulement : elle peut procurer un effet relaxant. Et même servir d’auxiliaire à de la thérapie… Nous en trouvons quantité d’exemples sur la toile : elle porte aussi le nom de « musique new-age » (Andreas Vollenweider, Paul Winter, Christopher Franke… et bien d’autres). On pourrait aller jusqu’à l’appellation « lounge » et même « chill out » (il n’y a qu’à taper le mot-clef « lounge » sur SoundCloud : https://soundcloud.com/tags/lounge%20music pour se rendre compte de la production)

La musique new age

Voici une petite sélection (c’est du lourd ! Il n’y en a pas beaucoup mais ça dure longtemps)
En premier, une magnifique soupe (attention, quarante minutes) mitonnée par http://www.meditationrelaxclub.com

Puis un autre velouté de trois heures, avec cette fois du piano solo, agrémenté d’un écoulement d’eau tout du long. Une subtilité technique, qu’on aimerait rencontrer plus souvent : la possibilité d’écouter soit l’instrument seul, soit l’eau seule. Malheureusement je me suis rendu compte que le dispositif fonctionnait quand il voulait…)

Maintenant, huit heures de musique dite relaxante, avec une somme d’instruments pas très accordés… ça peut faire du bien, pourquoi pas ? (personnellement je ne tiens pas une minute). Produit par The Honest Guys (« séance de guérison profonde de l’énergie lumineuse de l’univers. » Toute une histoire !)

Mais au-delà de tout ce foisonnement sonore, la question ne serait-elle pas : « Pourquoi ce type de musique et pas un autre ? » On a vu avec le genre chill out que le rythme est un peu plus soutenu, comme pour accompagner un battement, voire qui amènerait à la danse. On peut croiser ici et là quelques accords dissonants (mais pas trop !), quelques ballades irlandaises, des accents d’Inde d’un Bollywood apaisé ou quelques envolées jazzistiques égarées, sorties de fin de nuit…

Plus scientifiquement, Mental Waves (http://www.mental-waves.com/) produit des enregistrements à visée thérapeutique. Cette entreprise exploite entre autres les sons isochrones (produits à intervalles réguliers, pour stimuler le cerveau aux ondes alpha, bêta, gamma, delta et thêta) et binauraux (le cerveau traite et mélange deux sons à fréquences différentes entendus de l’oreille droite et de l’oreille gauche pour en créer un troisième correspondant à la différence des fréquences des deux sonorités existantes).

… Où l’on découvre que « […] les battements binauraux sont un outil puissant pour la recherche cognitive et neurologique, abordant des questions comme : comment les animaux localisent des sons dans leur environnement tridimensionel et aussi la capacité incroyable d’animaux à pouvoir choisir et se concentrer sur des sons précis lors d’un brouhaha (connu comme l’effet cocktail party). […] »(Gerald Oster, Auditory Beats in the Brain, in Scientific America, 1973) Mais ça reste une entreprise purement commerciale, et aucun échantillon n’est fourni pour se faire ne serait-ce qu’une petite idée…

La musique d’ascenseur

La musique dite « d’ascenseur » a aussi le but d’apaiser, paraît-il… Mais je ne suis jamais allé dans un ascenseur qui passait de la musique. Est-ce que ça existe, au moins ? Voilà un échantillon de DIX HEURES de musique d’ascenseur :

J’ajoute que je ne suis jamais vraiment rassuré dans un ascenseur, quel qu’il soit… Le fait d’entendre une musique telle que celle-là ferait-il en sorte que je panique moins ? En fait il faut en voir l’origine dans les années 1930, où la compagnie Muzak produit quantité de musiques d’ambiance, largement utilisées dans les ascenseurs des gratte-ciels de l’époque… Aujourd’hui Muzak – probablement à cause de l’accent péjoratif dont le nom de l’entreprise était pourvu depuis des années – est devenue Moodmedia : elle propose des échantillons sonores aussi lisses et aseptisés qu’une peau de bébé WASP.

Même le talentueux Brian Eno a composé de la musique pour aéroports… ferait-il partie d’une jet-set musicienne fatiguée d’entendre de la soupe, au point de décider de créer son propre environnement de voyage ? Ça dure six heures :

On trouve même un fond (relaxant ?) sur les didacticiels mis en ligne, le plus souvent concernant des logiciels en open-source. Cet exemple est particulièrement parlant : il s’agit du programme de dessin en 3D Blender, et le fond musical, sans être trop envahissant, est très présent et fait mine de rythmer les indications du tuteur…

Enfin, une révélation : nous ne connaîtrons jamais le silence.

Grâce à John Cage et à son œuvre 4’33’’, nous saurons que le silence est un pur concept humain : voir « Le silence n’existe pas » sur http://pasfaux.com/4-33-le-silence-nexiste-pas

(ici avec l’orchestre symphonique de la BBC)

Cage écrivit dans Les confessions d’un compositeur (1948) que son désir le plus cher était de pouvoir composer un morceau de silence ininterrompu. Ce dernier durera 4 minutes et 33 secondes, qui est la longueur standard de la musique « en boîte » et que son titre sera « une prière silencieuse ». Cage commenta son œuvre : « Elle s’ouvrira avec une idée simple que j’essayerai de rendre aussi séduisante que la couleur, la forme et le parfum d’une fleur. La fin s’approchera de l’imperceptibilité » (extrait du site PasFaux)
Observation typographique malgré moi : sur ce film, la partition (qui se résume au mot « tacet ») est composée en ComicSans, ce qui est à mon sens un clin d’œil… Comme le fait de s’essuyer le front après le premier mouvement trahit le grand sens de l’humour de John Cage.

Quoi qu’il en soit nous n’en avons pas encore fini avec la recherche du son, qu’il soit relaxant, incitatif ou silencieux. Pour ce dernier cas, la leçon de John Cage est immense car elle devrait nous replonger dans le (faux) silence, propice à la réflexion, à la discussion, à l’écoute, simplement… ce qui est un premier jalon de la lutte contre la dictature de ce que j’appelle la musique obligatoire partout et tout le temps…

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n°23 – Pastel en ligne / mai 2013

music-typewriter
Une fois n’est pas coutume, je vais parler de typographie dans cette Rantèla. Quel rapport avec la musique ? D’abord (si j’étais versé dans le spiritisme) j’invoquerais volontiers l’esprit de Maximilien Vox (dessinateur, graveur, typographe, écrivain…) : « La typographie est un métier ancien et très simple, aussi simple que de jouer du violon, mais guère plus. »
Hormis pour les cultures qui se réclament de et qui fonctionnent par pure oralité, le point de rencontre est bien sûr l’écriture, expression laissée par une trace à un moment donné, qui se transforme tantôt en son, tantôt en discours intelligible.

Voici par exemple un petit film (Comprendre la musique) qui se trouve être un manifeste pour une approche intuitive de la musique (et non analytique) ; mais les réalisateurs allemands du studio Finally nous rapellent qu’au fond, avant d’opérer une critique, il est nécessaire de pouvoir faire le tour de l’objet, entre autres choses par la notation : c’est précisément le propos de ce film brillant, et son prétexte à prouesses d’animation et de 3D :

Norman McLaren, cinéaste d’animation canadien, a passé une grande partie de sa vie à gratter la pellicule, en adéquation avec le son. C’est un grand inventeur : continuateur de l’œuvre d’Émile Cohl ou d’Oskar Fischinger, il « trace » du son sur le support principal du cinéaste de l’époque (la pellicule des années cinquante) ; cet extrait montre ses hand-drawn sounds, avec une présentation des interprétations graphiques du son . Exemple surprenant de la trace sonore… qui rappelle la séquence didactique du film Fantasia de Walt Disney, tourné quelques années auparavant, que Oskar Fischinger, justement, a réalisée sur la Toccata & fugue en ré mineur de J. S. Bach.


Mais son talent fut éclatant dans la chorégraphie des signes, autres traces régénérées et mises en spectacle avec brio : Le Merle, chanson québécoise à accumulation, se préta parfaitement à ce genre d’exercice (1958) :

On pourrait raconter longuement la complicité entre musique et écriture, entre son et graphe ; je suis même persuadé que les maqâms ont un lien direct (ou l’ont eu) avec les différents styles d’écriture arabe : il n’y a rien de scientifique là-dedans, c’est juste un ressenti personnel ;  on pourrait par exemple apprécier telle calligraphie en style Tuluth en écoutant un taxim développé en mode Sikah, ou encore du Nuskhi avec le mode Hijaz puisque ce sont affaires de sentiments… et même si on peut trouver des correspondances de manière capillotractée(1) (telle calligraphie a été élaborée à telle époque dans telle région, donc il est probable que le mode musical dominant dans ce même lieu ait les mêmes connotations…), je suis sûr que des échos résonneraient en chacun de nous qui se prêterait à l’expérience.

Je m’en voudrais de passer à côté d’un sujet qui me tient particulièrement à cœur, celui de la typographie cinétique : Sebastian Lange a créé ce clip jubilatoire en typo cinétique avec la musique du groupe Forss. Il faut dire que nous goûtons là à la crème de cette discipline(2) : c’est on ne peut mieux réussi, notamment par l’extrême précision qui ferait pâlir de jalousie le moindre horloger suisse. Ce qui au fond n’est pas très étonnant car S. Lange a fait ses études à la Shule für Gestaltung de Bâle…

Pour ceux que la technologie numérique rebute, il existe un phénomène (mais qui va de pair avec cette technologie) qui consiste à l’« imiter » : les très talentueux Bertrand Jamot (photographe) & Philippe Tytgat (graphiste), entreprennent de fabriquer eux-mêmes leur propre typo cinétique « à la main »… Le résultat est un festival de bricolage, un hymne à l’artisanat. Mais ce qui frappe tout de même, c’est cette propension à reproduire analogiquement le numérique (de manière imparfaite, par définition) : ici c’est l’image et la typographie, par le système de la pixillation(3), là ce peut être la musique par le beatbox (ou multivocalisme, l’imitation par la glotte des machines à sons électroniques)… Je le perçois parfois comme une nouvelle esthétique, mais on pourrait très bien comparer ce fait à l’imitation des artefacts qui nous entourent et qui ne date pas d’hier (Les cris de Paris de Clément Janequin ou Cries Of London d’Orlando Gibbons, XVIe siècle) pour arriver à une œuvre élaborée… Quoi qu’il en soit, ici le parti pris rythmique est plus que pertinent, et de plus, le duo se paye le luxe de matérialiser certaines notes de musique…

… Et voilà l’élaboration de la chose :

1. Expression inventée par Pierre Desproges qui signifie tiré par les cheveux. « Un seul verbe vous manque et la phrase s’allonge » (dictionnaire des verbes qui manquent).
2. Depuis quelques années nous assistons à une floraison de petits films qui font s’exprimer la lettre comme elle ne l’a jamais fait auparavant (évoluant dans le temps, lui donnant une élasticité et une dramaturgie inédites), notamment grâce à l’utilisation de logiciels de motion design. Dès lors, la typographie ne pouvait que trouver un partenaire de choix en la personne de la musique…
3. Procédé de cinéma d’animation qui consiste à opérer une prise de vue multiple à l’aide d’un appareil photo (le plus souvent sur pied), de manière à simuler le mouvement… la persistance rétinienne achevant le travail.

 


n°22 – Pastel en ligne / juillet 2012

Pour cette Rantèla entièrement numérique, et inaugurant une nouvelle série, voici une sélection d’archéologues, de mécaniciens et de transcripteurs…

L’archéologie du son
Archeotronics, « la première émission consacrée à l’archéologie des médias sonores et à leurs manipulations ».
Le son du bébé qui pleure passé au logiciel AutoTune est complètement inédit ! De même que la « fusion » entre la Suite pour Violoncelle n°1, prélude, BWV 1007 de J. S. Bach et le Duo des antiquaires par Jean Poiret & Michel Serrault : il s’agit ici de l’application d’une invention de Roland Moreno (l’inventeur de la carte à puce) appelée Célimène (l’ancêtre de l’AutoTune, donc) : irrésistible…
Archeotronics est l’œuvre d’Alexis Malbert : à l’origine artiste plasticien, il est un talentueux inventeur, chercheur et divulgateur de la planète sonore. Directeur de la publication du magazine Discuts, il nous fait partager quantité de trésors. Une de ses gloires en tant que créateur sonore aura été l’invention de la scratchette (la k7 qui scratche) :
Dans l’un des numéros du magazine en ligne, qui a sa forme en pdf, il est question du found taping (traduisons pour l’instant par l’art de recycler les vieilles cassettes) et l’interview de Harold Schellinx, le pape de la chose, est très intéressante à ce sujet : il révèle qu’aux alentours de 2006-2007 le nombre de cassettes ou de bandes magnétiques trouvées dans la rue a commencé à fortement diminuer ; la mémoire sonore familiale (ainsi que picturale) se garde désormais sur Facebook et autres clouds… raison de plus pour explorer et restituer ces « sons perdus », restaurés, réarrangés et re-montés par Schellinx à la manière du « cut-up »(1) de William Burroughs (apparemment il n’y a pas grand effort à faire, puisque le cut-up en question serait déjà fourni naturellement avec le cadavre de la cassette…).

Cela dit, toute cette mémoire de bandes magnétiques bien tangibles est récupérée, transformée, stockée et répertoriée sur un espace « nuageux » et il y a un dispositif sur cette page qui permet d’écouter les résultats de ces trouvailles en streaming (avec iTunes).

La mécanique du son


L’écriture braille fut inventée au XIXe siècle, comme la musique mécanique. « Il s’agit d’une exploration sonore qui réoriente le texte écrit (qui nous est familier)… Cela se traduit par la musique. L’objectif est de conférer au texte une forme au-delà de la langue écrite et parlée. Le texte a été traduit en braille, qui fonctionne comme une partition, transformée en papier à musique qui alimente la boîte à musique. Le résultat joué dans cette vidéo est la conversation transcrite entre deux concepteurs. » Merci à Geoffrey Dorne qui a déniché cette vidéo… J’aime les télescopages de langages : ils procurent parfois une impression d’infini… comme si tout était encore à réexplorer.
Et en restant dans le même domaine « musique mécanique » mais dans un tout autre registre (virtuel, celui-ci)…

Un jeune designer coréen propose une application pour tablette et pour smartphone : il s’agit ni plus ni moins de créer sa propre musique mécanique à l’aide de son iPad ou de son iPhone…
C’est un fait marquant : de plus en plus, le degré de virtualité qui est atteint dans la création d’applications et de gadgets n’a d’égal que l’attachement à reproduire de la matière palpable à l’extrême, et cet attachement à l’esthétique « rétro » (mais le mot vintage viendrait heureusement au secours d’une langue française si pauvre, selon certains…) déborde de nos pages web. Non seulement l’image reproduite sur ces écrans respire la patine, mais en plus l’application est vendue avec un argumentaire flattant et aiguisant notre mémoire des sons de boîtes à musique, qu’on ne trouve plus que chez les antiquaires.
Bien sûr il y a toujours des savants fous dans ce genre d’exploration : à côté de ses recherches plus complexes, le compositeur autrichien Karlheinz Essl a adapté pour papier à musique un chant de Noël très connu, qu’il prétend transformer en palindrome : il joue d’abord le papier à l’envers (recto-verso), puis en commençant par la fin, puis en commençant par la fin de l’envers, et enfin on a la surprise de reconnaître ce chant à l’endroit :

Puis il en a fait une transcription pour piano-jouet. C’est très intéressant du point de vue de l’approche sonore : c’est comme si l’auditeur savait de quoi il s’agit, mais sans en identifier le sens… j’imagine qu’ont lieu tous les jours dans le monde des phénomènes linguistiques similaires.

La transcription du son
Ce n’est plus très nouveau, mais ce détournement de langage est magnifique : il s’agit d’aller sur le traducteur Google, de copier ce petit texte (qui devient dès lors une partition) : « pv zk bschk pv zk pv bschk zk pv zk bschk pv zk pv bschk zk bschk pv bschk bschk pv kkkkkkkkkk bschk » puis de le coller dans la fenêtre de gauche. En bas à droite de cette fenêtre, il y a l’icône du haut-parleur. Cliquez et écoutez. Il y a ici détournement non seulement de langage mais aussi d’outil (de traduction, en l’occurrence) : les inventions numériques que l’on rencontre un peu partout sur la toile deviennent, souvent malgré elles, des agents de création… Voir aussi l’œuvre de ce pianiste taïwanais… toujours un travail sur le même outil de traduction Google :
Mais finissons en beauté cette Rantèla par Giant Steps de John Coltrane :

C’est la transcription littérale d’un solo de sax ténor de Coltrane ; il suffit de fixer le centre de la vidéo et de se laisser porter (remarquons que le transcripteur a allègrement ignoré le piano avec un certain humour… ce qui néanmoins fournit une bonne respiration à tout ce foisonnement de rythme visuel).

1. Faites vous-même votre cut-up littéraire : collez un texte dans la fenêtre et cliquez sur « Cut It Up »… Il est possible de voir aussi un film sur Ubuweb qui explique les méthodes de couper-coller de Burroughs (le film dure 87mn et est pour l’instant en anglais non sous-titré).


n°21 – Pastel n°68 / octobre 2011

La voix donne lieu à beaucoup d’œuvres musicales, mais il y a des genres peu explorés, comme par exemple la « mélodie du discours ». Certains ont produit des chef d’œuvre comme Different Trains de Steve Reich, où dans l’une des pièces il propose un paysage sonore guidé par la réminiscence du train qu’il était obligé de prendre pour traverser les États-Unis de part en part entre 1939 et 1942 pour voir chacun de ses parents divorcés, sachant que, en tant qu’enfant juif, s’il avait vécu en Europe à la même époque, c’eût été un autre type de train et de destination… La voix est utilisée sous forme de bande magnétique et est superposée à la composition orchestrale.
Dans la même sphère d’explorations, le Québécois René Lussier a créé Le trésor de la langue en 1989. Il s’agit d’une œuvre qu’il définit lui-même comme une « une fresque sonore sculptée dans le vif des mots, ceux de la rue et ceux des archives politiques et folkloriques du Québec ». Il faut savourer particulièrement l’expression C’est ça qu’on va faire !, projetée d’une manière résolue par le syndicaliste Michel Chartrand (bien sûr avec cette prononciation québécoise si caractéristique), samplée et répétée en scansion pour former une sorte de blues rageur, superposé à d’autres discours…
Iris Lancery et Agnès Buffet ont créé le spectacle T’entends ? (mise en scène de Catherine Vaniscotte) où se mêlent voix parlée et instruments, parmi lesquels un tuyau en plastique utilisé comme instrument à embouchure.


L’usage de la voix comme instrument, avec des mots en plus : ça pourrait être la définition du chant, mais non, c’est autre chose. Ça produit une œuvre, mais peut aussi donner lieu à des formes de « thérapies » ou d’expression « utilitaire » : Voix ton corps comme il est beau est un « dispositif de formation complémentaire et adapté à un parcours d’insertion professionnelle » où Iris Lancery (http://irislancery.wordpress.com et http://desvisitesrepetees.wordpress.com/) donne des ateliers d’expression vocale.
Jacques Demierre et Vincent Barras font des performances de poésie sonore. L’un est compositeur, pianiste, et l’autre est à la base historien de la médecine… Ce dernier, non content d’avoir traduit plusieurs livrets de John Cage, travaille entre autres sur des textes qu’il connaît bien, puisque ce sont des traités d’anatomie de l’antiquité grecque… Mais en duo leur recherche sur les publications du linguiste Ferdinand de Saussure est remarquable. Et le résultat, au-delà d’un rendu esthétique certain, se double d’un apport pédagogique sur les sonorités des langues indoeuropéennes analysées initialement par le linguiste.
www.jacquesdemierre.com/poesiesonorea.html.
L’exploration de la richesse immense des sonorités qu’offre la voix est curieusement sous-représentée dans le spectacle vivant. Heureusement les multivocalistes (ce que nous allons finir par appeler human beat box comme tout le monde) rattrapent avantageusement ce train de retard, ou encore des artistes dont la marotte est l’expérimentation : dans ce cas précis, et par définition, l’expérimentateur peut aller très loin…


Anne-Laure Pigache, (www.uneportedansledos.com) phénomène laryngal à elle seule,  reste « à la lisière entre son et sens » (selon ses propres termes). Elle me rappelle par moments la divine Cathy Berberian (dans sa célèbre Stripsody) ou bien, comme Iris Lancery, elle est capable de se lancer dans des épopées langagières où l’intonation prosodique n’a d’égal que le tragi-comique qui en découle. Il suffit d’entendre se répéter assez longtemps les mots « Assedic » ou « Pôle Emploi » pour être d’abord amusé, puis touché-coulé.


n°20 – Pastel n°67 / mars 2011
SPÉCIAL bois tourné

Ceci n’est pas un pipe

Les geeks sont omniprésents sur la toile, y compris chez les joueurs de cornemuse. Il faut dire que cet outil inédit qu’est le réseau Internet doit son développement et sa créativité pour beaucoup à d’obscurs génies asociaux et à une poignée d’adolescents solitaires criblés d’acné (je parle des geeks, pas des joueurs de cornemuse) ; ces mêmes individus se retrouvent comme par hasard dans la vaste nébuleuse des jeux-de-rôle-en-ligne-massivement-multijoueurs… et que retrouve-t-on à profusion dans la thématique des jeux de rôle ? L’Heroic Fantasy, la science-fiction, la mythologie celtique… le tout formant une belle soupe fantasmée (rappelons en passant que fantasy signifie « fantasme » et non « fantaisie »…), anachronique et, il faut le dire, joyeusement bordélique.

Universal Piper, comme logiciel qui simule une cornemuse, convient à ce profil si typé… Ses créateurs s’amusèrent un jour de 2009 à échantillonner des cornemuses écossaises (à partir de vrais modèles Henderson – 1921, McDougall – ca 1870/1880, Lawrie – 1924,  et François – 2004), mais aussi des binious kozh et des musettes 23 pouces du Centre-France ; il s’ensuit une expérience nouvelle, celle de recréer, à l’aide d’un chanter-capteur et d’un câble usb (et, tout de même, d’une certaine capacité musicale à taquiner l’animal), la couleur et le grain de l’instrument vintage : www.universal-piper.com (en anglais, mais leur blog attenant est aussi en français) les reloads, les sauvegardes de presets, les tags et les fichiers xml sont le quotidien de ces cornegeekeux. Il existe même une application pour l’iPhone… (mais ce n’est pas vraiment étonnant, car bientôt il sera aussi possible de faire le café avec ce portable). On attend en revanche un échantillonnage de l’aire occitane.

http://fluteirlandaise.free.fr/SWP/rencontre5.html

Ici c’est un endophone ou still wave pipe : contrairement aux autres cornemuses virtuelles, cet instrument électroacoustique produit ses propres sons, et est donc comparable à une guitare électrique. En 2010 son inventeur, Christophe Hervé, ancien étudiant en génie des matériaux et en mécanique (et gendarme, pour la petite histoire), prospectait pour pouvoir commercialiser le futur outil du pipe-hero des années 2020…

Invasion sur la toile

Pour ce qui est de la Summa Cornemusensis, il faut bien sûr aller faire un tour sur l’incontournable Iconographie de la cornemuse en France (depuis 1986) de Jean-Luc Matte : véritable encyclopédie en ligne, elle ne se contente pas de reproduire la représentation gravée ou sculptée des vénérables sacs à tuyaux, mais aussi de magnifiques fac-simile de contredanses du xixe siècle, par exemple, ou plus généralement une typologie des instruments à vent :   http://jeanluc.matte.free.fr ; mais ce site de référence, bien qu’extrêmement fourni, pèche par son âge, vénérable également… la navigation, quoique astucieuse, n’y est pas naturelle et son design mériterait un rajeunissement.
Il existe des tentatives d’équivalent du site de J.-L. Matte, comme celui du piper américain Aron Garceau (du groupe Pryden, Vermont, USA) : http://www.prydein.com/pipes/ (en anglais).

Quant au site néerlandais http://gajdy.web-log.nl il faut signaler que notre boha y est appelée droneless bagpipe (cornemuse sans bourdon) ; mais l’intérêt de ce site est le nombre de pays à cornemuse. La quantité hallucinante de variations de cet instrument m’étonnera toujours. Et en plus, apparemment, on en redécouvre chaque année…

 


D’ailleurs d’après le site http://www.cornemuses.culture.fr/ du mucem (Musée des Civilisations Europe Méditerranée), « La cornemuse est un instrument pluriel. Selon l’endroit où on la trouve, elle n’est jamais la même, et pourtant il s’agit toujours d’une cornemuse, reconnaissable tant par sa forme particulière que par ses sons continus… ». Ce site est un modèle d’information et de pédagogie. Où l’on apprend entre autres qu’il convient de dire « cornemuseur » et non « cornemuseux », tant il est vrai que, finalement, la seule marque de noblesse de cet instrument en Occident réside dans la musette de cour, support d’un vaste répertoire baroque typiquement français3. Et en France on ne plaisante pas avec le langage.
Un autre petit musée virtuel se trouve dans le site de la Fraternelle, http://www.pipeshow.net/musee-virtuel.htm avec notamment une remarquable galerie de photos de soixante cornemuses rassemblées…
Qu’elle vienne de Gascogne, de Suède, de la Mer Noire ou de l’hyper-espace, la cornemuse se porte comme un charme et s’épanouit sur le web. Mais on attend un vrai discours ou un manifeste sur les tempéraments et les différences intrinsèques à l’instrument, ou bien un débat enflammé sur le diapason, par exemple…

n°19 – Pastel n°66 / novembre 2010

À partir de la Renaissance, l’exigence de plus en plus vivace d’une musique académique a relégué au grenier vièles à archet autoconstruites et autres chalémies et cornemuses aux sons sulfureux… la lutherie en Occident est devenue affaire de spécialistes du tempérament égal. On savait que le monde des musiques traditionnelles, quant à lui, oral par essence, se stimulait notamment par la construction d’instruments… et si on considère que la tradition est un développement (au pire une continuité « adaptée », ce qui revient finalement au même), la calebasse devient bidon d’huile, le boyau corde à linge et, grâce à Alain Cadeillan, la branche de buis tournée balai en PVC. Il inventa en effet au début des années 80 le polyvinyledechlorurophone (sorte de clarinette basse démocratique) ; il sévit plus que jamais aujourd’hui, et on peut croiser son chemin entre autres sur la Ligue des Utopistes Non Alignés.

La Toile est devenue riche, très riche de recyclages, prises de conscience et anti-jetables de toutes catégories depuis quelques années, où il est admis par tout un chacun qu’il est urgent de ne plus gaspiller et de consommer « intelligent ».
Et le son fait partie du lot : la palette des bruits dont nous disposons aujourd’hui était déjà annoncée dans L’Art des bruits de Luigi Russolo au début du xxe siècle. À nous de la restituer non seulement avec l’économie de moyens qu’impose l’environnement naturel (par exemple Jean-Pierre Lafitte s’y emploie très bien depuis longtemps) mais aussi – et ce plus que jamais – par le génie ravageur et l’humour bricoleur (force est de constater que les deux font toujours bon ménage dans ce domaine…) de certains musiciens.
Max Vandervorst a même publié un ouvrage (Nouvelles lutheries sauvages), plus spécifique que celui de G. Nicollet et V. Brunot, Les chercheurs de sons, qui fait une tentative de recensement des doux dingues. Et bien sûr n’allez pas dire qu’un DJ ne fait pas de la musique… Alain de Filippis propose avec son DJ Archaik et ses samples sur Teppaz et gramophones une esthétique steampunk très jubilatoire…

Mais ces néo-luthiers ont aussi des besoins : http://windworld.com est un ensemble de « ressources pour la fabrication d’instruments inhabituels »… Très varié : on y retrouve notamment Reed Ghazala, déjà évoqué ici-même en tant que « bruiticien » et quelques réalisations surprenantes (arbres à huit cents cordes, tuyaux striés harmoniques, sirènes d’alarme musicales…), des éléments de construction à commander en ligne…
Enfin, je recommande ce blog très complet : http://chercheursdesons.hautetfort.com (« lutherie expérimentale ») qui par ses nombreux liens est une somme dans ce domaine. Franchement, prévoir du temps : à part quelques-uns qui sont brisés ou hors d’actualité, ces liens sont tous aussi passionnants les uns que les autres.

n°18 – Pastel n°65 / mai 2010
SPÉCIAL IMPROVISATION

« L’improvisation ne s’improvise pas. D’où le travail préalable de l’improvisateur ! L’intérêt de l’improvisation n’est nullement une plus grande liberté du musicien par rapport aux contraintes. Être libre, ce n’est pas évoluer sans contraintes, mais évoluer en se considérant responsable des contraintes qu’on a choisies. »
(Brad Mehldau, pianiste de jazz cité dans www.espritsnomades.com)

Scott LaFaro aura été le premier contrebassiste à échapper à la mécanique exclusive du walking bass et à se libérer en s’exprimant dans des solos de basse. C’était à la fin des années 50, et il a d’ailleurs participé au disque Free Jazz d’Ornette Coleman, celui-ci ayant donné au monde de l’improvisation avec ce titre sa dimension totale. S’il y avait une seule contrainte dans le free-jazz, ce serait bien l’écoute. L’écoute et la responsabilité, selon Brad Mehldau.
L’écoute de l’autre, des autres, de ce qu’ils ont à vous proposer, à vous questionner, et la façon dont on leur répond, et vice-versa. Sans l’écoute, l’improvisation se vide de son esthétique, et reste une simple vocifération (ou au mieux un chuchotement) autistique. Rares sont dans ce cas-là ceux qui sont capables de remplacer le « u » par un « r » dans ce mot.
L’improvisation est donc affaire de communication, et pourquoi pas, de lien social.

La communication, oui, même si une des finalités est de reproduire ou de répéter la même chose que son interlocuteur : voir à ce sujet http://omax.ircam.fr.
J’ai déjà parlé de ce logiciel diabolique (OMax de l’ircam) dans ces lignes, éprouvé par Bernard Lubat ; les motifs musicaux sont comparés à des éléments de génome et peuvent aboutir à une recombinaison (en génétique, un enfant est le résultat de la « recombinaison » des génomes respectifs des parents) – le logiciel « clone » véritablement les séquences. Cyrille Marche a assisté à un concert à l’ircam en février 2010 dans le cadre d’un colloque international Comment analyser l’improvisation ? : « Dans la grande salle de diffusion de L’ircam (au 4e sous-sol !) avait été installé un plateau central, un musicien à chaque coin, l’un des côtés étant occupé par le réalisateur informatique. Disposition scénique encourageant la déambulation du public, faisant ainsi varier les angles d’écoute ; des hauts-parleurs étaient placés sur un gril au dessus du périmètre de jeu ainsi qu’aux quatre coins de la salle.
Selon un schéma certainement établi à l’avance, les duos et solos se sont alternés avec des improvisations collectives, et c’est certainement ces dernières qui furent les moins intéressantes du concert, le jeu collectif rendant peu de lisibilité sur l’interaction avec le logiciel. C’est finalement dans les solos et parfois dans la façon dont les comparses réintroduisaient progressivement du collectif que se sont situé les moments forts du concert et que le rôle du manipulateur prenait tout son sens.
Schématiquement, OMax écoute le musicien, extrait des descripteurs, segmente les événements puis génère des improvisations en continu qui sont traitées et diffusées en temps réel.
Le logiciel OMax combine l’interaction en temps réel avec les représentations musicales pour créer un « clone » du jeu vivant du musicien. Utilisant des techniques issues de l’apprentissage automatique et des langages formels, OMax apprend de manière non supervisée à partir d’une source audio ou d’un flux Midi produit par le musicien.On pourrait nommer le processus sous-jacent à cette interaction « réinjection stylistique ». Le musicien est informé en continu par plusieurs sources, formant un feed-back complexe. Il s’écoute jouer, il écoute les autres dans le présent tout en mémorisant des images sonores qui dérivent du présent vers le passé. Ces motifs, combinés à des images encore plus anciennes (répertoire, apprentissage), peuvent revenir en ayant subi plusieurs transformations, dont l’une des plus communes en improvisation : la recombinaison. OMax réinjecte alors des figures musicales issues du passé (immédiat ou à long terme) de la performance sous forme de reconstruction à la fois semblable et innovante, et fournit au musicien des stimuli à la fois familiers et provocants.
Les improvisateurs réagissent en général à leur « clone » d’une manière créative avec un intérêt tout particulier pour un « sujet musical » qui les stimule tout en bouleversant leurs habitudes de jeu, en les poussant à s’adapter à une situation inédite. »


Cyrille Marche est bassiste et a joué notamment avec le saxophoniste et plasticien Yochk’o Seffer (Zao, Magma)… Il dirige de plus en plus son travail autour de domaines très peu explorés par la basse électrique comme la musique contemporaine, l’écriture graphique, l’improvisation libre, la danse, la littérature et la poésie. Il travaille en 2010 sur la  « comprovisation » (on l’aura deviné, une musique composée par écrit et comportant des éléments improvisés), notamment sur John Cage.

Comprovisations

Pour Sandeep Baghwati, compositeur, et aussi présent au colloque de l’ircam, les comprovisations font apparaître des « traditions encapsulées », systèmes de règles cohérentes nouvellement inventées à des fins d’improvisation et qui, tout comme une tradition, servent de générateurs pour des improvisations uniformes au niveau du style. On peut écouter ici de nombreux exemples de comprovisations. Sandeep Baghwati étudie au Canada Research Chair (musicmovementmedia – art – theatretheory – research – agency) la façon dont les barrières entre les différentes formes d’art tombent peu à peu ; il est persuadé que ces barrières sont surannées, et il rapproche notre expérience quotidienne (où il est question de jongler avec mille formes d’expérimentation) de la pratique artistique, et surtout, réfléchit à la manière de rendre cette nouvelle expression accessible à tout un chacun… Merci encore à Cyril Marche pour m’avoir fait connaître ce musicien…

Mémorestitutions

L’emprunt (verbal) au monde de l’informatique des « traditions encapsulées » se retrouve aussi dans le soundpainting (Amalgammes, Surnatural Orchestra, ensemble Anitya…), pratique improvisatoire s’il en est, avec tout simplement le système des « mémoires », mais dans un autre sens : le « chef d’orchestre » (si on peut parler en ces termes d’un groupe de soundpainting) repère arbitrairement des séquences plus ou moins longues d’improvisation collective dirigée, et les transforme en éléments de mémoire (à l’aide de signes spécifiques). Ces mémoires doivent être restituées par les exécutants au bon vouloir du dirigeant. Quand la séquence concerne une nappe, une petite boucle ou une gamme modale, ce n’est pas très compliqué (quoique…), mais quand ça devient une composition spontanée dans la composition… Autant dire qu’ici le travail effectué par les millions de synapses attachés à la mémoire auditive n’a rien à envier à la densité de la nébuleuse Internet elle-même ! C’est pour moi ce qui est le plus intéressant et le plus innovant dans la pratique du soundpainting.
Et si la mémoire était une des clés de l’improvisation ? Dans la vie en général, outre le fait que je ne remette nullement en question notre capacité d’invention ni même d’imagination, l’improvisation fait souvent appel à des situations déjà vécues, et à leur reproduction… Tout se transforme. (Tiens, encore de la génétique ???)

n°17 – Pastel n°64 / novembre 2009

« La mélodie populaire n’existe réellement qu’au moment où on la chante ou joue, et ne vit que par la volonté de son interprète, et de la manière voulue par lui. Création et interprétation se confondent ici… dans une mesure que la pratique musicale fondée sur l’écrit ou l’imprimé ignore absolument… »
(Brailoiu, Constantin, Esquisse d’une méthode de folklore musical, Paris : éd. Fishbacher, 1930)
Ce désir universel de livrer l’instant musical tel qu’il est, sans s’encombrer de trace écrite ou enregistrée… désir qui prend tout son sens bien sûr dans les contextes d’académisme excessif, ou de récupération commerciale (show-biz), est la clé de voûte du mouvement folk des années 70.
Mais comme les musiques électroniques se sont développées au milieu des années 80 avec l’apparition du compact-disc, paradoxalement le mouvement folk, dix ans plus tôt, n’aurait pas eu l’ampleur qu’il a eu sans le support mécanique et mythique du vinyle (et de la cassette) :
http://www.folkyfreak.lautre.net (en français et en anglais)
Folky Freak, « Le site dédié aux musiques folk de racines françaises parues en vinyle exhaustivement millésimées entre 1965 et 1989 » – Site pour collectionneurs de 33t. Bien que ce site soit créé sur Spip (système de gestion de contenu pourtant réputé pour sa clarté et sa maniabilité), il est assez confus ; mais en s’y baladant on peut apprendre, par une classification assez singulière, ce que sont le folk traditionnel, l’acid-folk, le folk psychédélique, le folk progressif, le folk d’avant-garde, la pop-folk, le folk païen ( ! )…

Autre site de collectionneur :
http://prehistoiredufolk.free.fr : abondamment illustré ; beaucoup de couvertures de vinyles sont représentées, avec un autre essai de classification (par instrument, par région, etc.), ainsi que des couvertures (et sommaires) de magazines (TradMag, Gigue, L’Escargot Folk – à ce propos Serge Bouzouki a défriché en 1980 les racines du mouvement folk et en a fait un passionnant dossier – avec arbre généalogique – dans l’ultime numéro de L’Escargot Folk . Nous travaillons avec son accord à sa réédition…).
La radio aussi est piquée par le virus : Radio-Libertaire (organe de la fédération anarchiste) consacre depuis 1984 une émission aux musiques traditionnelles tous les dimanches à midi, elle s’appelle Folk à lier et on peut l’écouter et la télécharger (d’une semaine à l’autre) sur http://folkalier.free.fr . Ses animateurs sont très attachés à la filiation musicale…
Sur http://accrofolk.net on trouvera la Lettre ouverte à la jeunesse du monde entier : ce texte du folk-singer Pete Seeger en 1972 (téléchargeable ici au format .pdf) est véritablement fondateur pour le mouvement folk. Beau plaidoyer pour la « biodiversité » culturelle, ce texte a des accents étrangement actuels… ( […] « Il y a des hommes d’affaires aux États-Unis qui préparent un blitz culturel, la coca-colonisation du monde. » […] (Seeger, Pete, Ne vous laissez pas coca-coloniser, Beacon, N.Y., traduction J. Vassal In Rock & Folk n°63, avril 1972). Près de quarante ans plus tard, un article de Jacques Vassal (journaliste au magazine Rock & Folk en 1972 et traducteur de ce texte) souligne sur ce même site l’importance « … de reprendre possession d’une musique confisquée par les marchands ». D’autres textes clairvoyants (par exemple du groupe Grattons Labeur, 1978) y sont en ligne, y compris de larges extraits de l’ouvrage de Roland Pécout (Pécout, Roland, La musique folk des peuples de France, Paris : éd. Stock, 1978) – cité dans ce numéro de Pastel par Xavier Vidal – que l’on ne trouve plus en librairie mais qu’on peut encore commander sur Internet.
Et en attendant la parution du travail de Bénédicte Bonnemason sur le sujet (mais plus spécifique à la Gascogne), il est possible de télécharger le document de Valérie Rouvière (Le mouvement folk en France - 1964 - 1981 - maîtrise d’histoire culturelle contemporaine, 2002) sur le site de la famdt : http://www.famdt.com/
documents.php en quatre documents pdf A4 d’une cinquantaine de pages chacun.
Pour les amateurs d’étiquettes et pour bien clarifier les choses, voici sur http://www. lamediatheque.be/dec/genres_musicaux/
un excellent article d’Étienne Bours, spécialiste belge des musiques du monde : Folk, anti-folk, néo-folk…
Il reprend les définitions de Folky Freak , en les actualisant… •

n°16 – Pastel n°63 / mai 2009
SPÉCIAL TURQUIE

Pour ce Pastel spécial Turquie, voici un complément « toilé » des articles du numéro.

• Commençons par « l’Orient » des Grecs : http://www.analogion.com
SimonKaras.html (en grec et en anglais) : on y trouve quelques extraits à écouter en mp3, qui peuvent donner une idée des soixante-douze commas répartis sur une octave… Et sur le même site http://www.analogion.com il y a aussi une page sur F. Tavernier-Vellas, qu’on peut aussi écouter sur http://www.myspace.com/frederictaverniervellas ; on peut continuer avec Ch. Aidonidis : www.myspace.com/chronisaidonidis : en écoute, quelques chants magnifiques… eh oui, vous écoutez là de la musique européenne !
… Puis, les Français qui créent une musique « pas d’ici » :
www.marcloopuyt.com , notre maître français d’oussoul…
• Bazar Kumpanya, dans le site de Didier Labbé : http://dlabbe.perso.sfr.fr/BK/bk_frame.htm
• Le tout nouveau groupe d’Ümit Ceyhan, installé à Toulouse depuis quelques années :


http://www.myspace.com/yolhikayesi
… Continuons avec les Turcs :
• L’espace promotionnel du percussionniste Izzet Kizil, qui prend part à l’aventure de Bazar Kumpanya (en anglais) :
http://www.myspace.com/izzetkizil
• Le site des frères Güvenç, l’ensemble Tümata (ethnomusicologie & musicothérapie par les musiques traditionnelles turques)  :  http://www.tumata.com
(anglais, turc, japonais, allemand).


• Le site de l’atelier de lutherie de Kemal Eroğlu (en turc seulement, idéal pour ceux qui veulent s’attaquer sans filet à cette belle langue ouralo-altaïque et à la lutherie à la fois… l’aspirine n’est pas fournie) : http://www.kopuzsazevi.com


• Le site de Sinan Cem Eroğlu (en turc et en anglais) : http://www.sinancemeroglu.com ;


sa page de liens renvoie à d’autres sites d’artistes dont :
http://www.yinonmuallem.com


Yinon Muallem est un percussionniste aux multiples talents, et Sinan Cem joue dans son ensemble. Musiques turques, juives, et même indiennes, on peut le soupçonner de boulimie… D’ailleurs il est aussi présent (ainsi que nos Provençaux Melonious Quartet) sur ce très intéressant site allemand, pour ceux qui aiment la diversité : http://www.oriente.de : « L’Orient, de Cuba aux Indes… » (en allemand et en anglais) ; il y a toute une page où le passant peut picorer (avec un lecteur Flash intégré en bas de la page, très réactif, ce qui ne gâche rien) du yiddish au tango, et autres curiosités.
http://www.kalan.com : loin de moi une attitude qui pousserait à la consommation, mais quand même, si vous n’allez pas chez Kalan directement à Istanbul, il se trouve que ceci est « le » site d’achat de disques de musiques turques digne de ce nom… C’est simple, il y a tout (ou presque), et donc aussi bien sûr Erkan Oğur ou Arif Sağ ( http://www.arifsag.com – en turc)… Et y sont en écoute de nombreux disques (extraits) sur le lecteur WMP.


http://www.turkishmusicportal.org
(français, anglais, allemand & turc) : très fourni et très généreux, ce site américain créé en 2006 propose un tour d’horizon à 360° ! Ça vaut vraiment le détour, car enfin on y reconnaît les apports juif, arménien, grec, etc., ce qui n’est pas toujours le cas avec les Ottomans pour leur musique…
… Et bien sûr je n’achèverai pas cette Rantèla sans un clin d’œil à Maillard et à Saüc : On peut écouter Lully et à sa célèbrissime Marche pour la Cérémonie des Turcs (qui n’a de turque que l’évocation exacerbée de la percussion) sur le Wikipedia anglais ; il s’agit d’une version par l’Advent Chamber Orchestra (ensemble baroque de Chicago) : http://en.wikipedia.org/wiki/Le_Bourgeois_gentilhomme

… Réglez vos enceintes et prévoyez du temps pour toutes ces merveilles !


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