ETEMENANKI, DE L’ANCÊTRE À L’ARTIFICE

n°13 – Pastel n°60 / novembre 2007

Etemenanki est le nom d’une ziggourat de Babylone (en sumérien, « temple de la fondation du ciel et de la terre », possible matérialisation du mythe de la Tour de Babel, selon certains archéologues… « La Confusion des langues » par Gustave Doré Les langages musicaux ancestraux ont le vent en poupe en occident ; il semblerait que la suprématie de l’écrit ait atteint un trop-plein d’arrogance… Bien sûr il est très utile d’écrire la musique, et je ne suis pas le dernier à reconnaitre que c’est un merveilleux outil, mais la colonisation et la centralisation aidant, il semblerait que la libre expression orale ait été bridée au cours du XXe siècle dans les sociétés rurales de façon conséquente (et parfois irréversible) à cause justement de la normalisation de l’écriture. En musique, l’enseignement de l’oussoul vient de la culture turque. Marc Loopuyt en est l’un des plus brillants zélateurs en France, notamment par ses stages. Depuis de nombreuses années il défend cette méthode d’enseignement de la musique orientale, d’ailleurs très souvent en opposition avec ses homologues arabes, qui eux, défendent l’académisme occidental (…?!). Dans la musique classique turque, l’oussoul est un cycle rythmique fondamental qui vient en complément de la mélodie. C’est un système d’éducation remarquable puisqu’il s’appuie sur les modes kinesthésique (on frappe ses genoux avec ses mains pour apprendre des formules rythmiques parfois très complexes), et bien sûr, oral. Usul est la graphie turque, et le mot vient vraisemblablement de l’arabe (Frank Herbert l’a d’ailleurs utilisé — comme beaucoup d’autres mots de la culture arabo-musulmane — dans ses livres pour qualifier un de ses personnages comme « base du pilier » (Frank Herbert, Le Cycle de Dune, Robert Laffont). On ne peut pas mieux nommer le rythme… Il n’y a malheureusement pas encore de matériau sur le net qui parle d’oussoul musical en français. On pourra se consoler en revoyant cet excellent film de Fatih Akin « Crossing the Bridge » (mais la musique de Turquie est tellement plurielle qu’un film ne suffit pas)… Sinon : <http://en.wikipedia.org/wiki/Usul_(music)> (en anglais). On ne peut pas parler des « langages ancestraux » sans évoquer le silbo gomero, langage sifflé de La Gomera (Canaries) : <http://www.vaucanson.org/espagnol/linguistique/lenguas_silbogomero_fran.htm> (en français et en espagnol) ; mais bien qu’il s’appuie sur de la musique, ce n’est pas un langage pour « faire » de la musique mais pour s’exprimer dans la vie quotidienne. Pour la même fonction (mais c’est une langue artificielle récente) il existe le solrésol de l’Albigeois François Sudre (François Sudre a aussi inventé un instrument à vent, le sudrophone) (1787-1864) : <http://www.uniovi.es/solresol/> ou <http://www.omniglot.com/writing/solresol.htm> (en anglais), ou, plus connue, la langue des signes initiée par l’abbé de l’Épée (1712-1789)… Autre langue des signes (retour à la musique), le Soundpainting a été inventé par Walter Thompson (Merci à Ludovic Kierasinski qui m’a fait connaitre le soundpainting ; l’école des musiques vivantes Music’Halle (Toulouse) utilise beaucoup ce langage aux vertus pédagogiques qui ne sont plus à démontrer) dans les années 70 (certainement d’après un langage ancestral…) : <http://www.soundpainting.com&gt; (en anglais). C’est un langage visuel de direction d’orchestre et de composition en temps réel, abouti, très riche (43 gestes de base, plusieurs centaines de signes, une syntaxe simple et parlante…) et très prometteur : on peut arriver avec cet outil à une improvisation structurée des plus surprenantes… Et pas seulement dans la musique : on peut même faire improviser en plaidoirie plusieurs dizaines d’avocats en même temps ou faire sévir une armée de coiffeurs avec cette technique !… j’en veux pour exemple ce morceau de Haydn (« Soundpainting Haydn ») entrecoupé (ou parfois superposé) de figures improvisées dirigées : c’est très comparable à de l’art graphique expérimental (collages, montages, duplications, etc.). En France c’est François Jeanneau, le premier directeur de l’Orchestre National de Jazz, qui semble en être le plus prolifique représentant : voir le site du SPOUMJ (<http://www.umj-asso.com/spoumj.php&gt;) À Toulouse existe depuis quelques années Le Grand Toz, et il faut aussi traquer le tout nouveau SPOOT (SoundPainting Orchestra Of Toulouse)…




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