(L’âge électronique 2) : IMPROCOMPUTAGES & MACHINES CÉLIBATAIRES

n°15 – Pastel n°62 / novembre 2008

Peut-on encore dissocier les arts plastiques de la musique? Pas si sûr… Duchamp (et le mouvement Dada) au début du siècle dernier aura plongé pour longtemps l’objet d’art dans l’azote liquide du questionnement sans fin…

Sur Toulouse, deux plasticiens sont remarquables pour leurs machines célibataires (des dispositifs sonores pour la
plupart). Il s’agit d’Arno Fabre et de Pol Pérez. Outre leur prénom orthographié en phonétique, ils ont en commun un réel talent de constructeur (à quinze ans Pol Pérez créait des synthétiseurs) doublé d’une capacité à fouiller le son dans tous les sens… Pérez crée en 2008 une machine (Mariona) mise au point notamment avec des écoliers de Nantes : sur ce lien il est intéressant de consulter le Carnet de bord qui raconte les étapes successives du travail avec les enfants.

mariona

Mariona serait-elle un avatar de Nastasia Chemico ? (voir soxprod)

Arno Fabre a une formation de tailleur de pierre et de photographe… Son goût de la perfection fait que le visiteur est vraiment fasciné à la rencontre de ses machines (Souliers, Dropper01, Astragale Zénon l’arpenteur, etc.) (arnofabre.free.fr) ;
souliersquintet1
il faut dire qu’elles sont très abouties, jusqu’à leur finition et leur mise en espace; et les compositions musicales exécutées par ces dispositifs sont très belles : Dropper01, par exemple, est une magnifique pièce pour gouttes d’eau et récipients (en céramique, en métal…), « machine » inspirée vraisemblablement de l’interprétation qu’a donné Charles Belmont du « pianocktail » dans son adaptation cinématographique de l’Écume des jours… La mécanique des fluides n’emprunte pas trente-six chemins. Quoi qu’il en soit ce sont toutes des œuvres qui confinent à une certaine grâce.

Un autre intérêt remarquable de la fusion homme-machine est lorsque l’improvisation est le moteur de la création : L’improvisation & l’ordinateur ; Il s’agit d’une commande du Ministère de la Recherche passée à la Compagnie Lubat et à l’IRCAM. C’est en quelque sorte le contraire des expériences évoquées précédemment. Là c’est la machine qui compose, à partir de fragments de matériaux humains. Exemple : « Le musicien humain plaque des accords. L’ordinateur génère en retour des gerbes sonores calculées en fonction du nombre de notes et de la durée de ces accords, en utilisant l’algorithme d’autotransposition. » : cette dernière expression (de l’espace !) signifie en gros qu’un logiciel se sert d’un procédé compositionnel « classique » pour improviser lui-même, sur le modèle d’imitations et de transformations…

lubat1

Ce site est très bien conçu, il y a un éventail musical et un parcours didactique ; on connait depuis longtemps le souci des compositeurs contemporains d’« expliquer » leurs travaux (« la méconnaissance du contexte d’une œuvre contraint à l’ignorance même de son sens » nous dit Michel Onfray [Antimanuel de philosophie, éd. Bréal, 2007]), et ici le parcours est bien sûr interactif, autant émaillé d’explications de mathématiciens et d’informaticiens (Kurt Gödel, Noam Chomski…) que d’aphorismes à la Lubat (Moi, je fais de la musique content-foraine…) qui servent également à « expliquer » : dans cet exemple il s’agit de comparer les règles de réécriture informatique (qui décrivent les substitutions des musiciens de jazz) aux calembours. CQFD.
Tant que la machine servira à faire de l’art et ne se prendra pas trop au sérieux…

NB : La machine célibataire est un concept de Marcel Duchamp: «L’expression désigne des moteurs incluant l’élément humain, des mécanismes anthropomorphiques et impossibles, conçus comme autant de rouages d’un désir nécessairement irréalisé et solitaire. Dans un éclat de rire parfois désespéré, souvent grinçant, toutes ces constructions parfaitement inutiles (mais pas gratuites) mettent à nu le fond des terreurs contemporaines. Toutes donnent à voir cet érotisme mécanique engendré par les ingénieurs de la civilisation industrielle (…) »

Cécile Bargues (doctorante Université Sorbonne Paris 1 Panthéon), Une histoire à l’envers des machines célibataires in « Le son des rouages», Colloque EHESS / CRAL, École des Hautes Études en Sciences Sociales / Centre de Recherches sur les Arts et le Langage, 2007


  1. 1 IMPROCOMPUTAGES ( II ), COMPROVISATIONS, MÉMORESTITUTIONS… « La Rantèla

    […] sujet http://omax.ircam.fr. J’ai déjà parlé de ce logiciel diabolique (OMax de l’ircam) dans ces lignes, éprouvé par Bernard Lubat ; les motifs musicaux sont comparés à des éléments de génome […]




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