DES BUGS DANS LES POCHES

n°20 – Pastel n°67 / mars 2011
SPÉCIAL bois tourné

Ceci n’est pas un pipe

Les geeks sont omniprésents sur la toile, y compris chez les joueurs de cornemuse. Il faut dire que cet outil inédit qu’est le réseau Internet doit son développement et sa créativité pour beaucoup à d’obscurs génies asociaux et à une poignée d’adolescents solitaires criblés d’acné (je parle des geeks, pas des joueurs de cornemuse) ; ces mêmes individus se retrouvent comme par hasard dans la vaste nébuleuse des jeux-de-rôle-en-ligne-massivement-multijoueurs… et que retrouve-t-on à profusion dans la thématique des jeux de rôle ? L’Heroic Fantasy, la science-fiction, la mythologie celtique… le tout formant une belle soupe fantasmée (rappelons en passant que fantasy signifie « fantasme » et non « fantaisie »…), anachronique et, il faut le dire, joyeusement bordélique.

Universal Piper, comme logiciel qui simule une cornemuse, convient à ce profil si typé… Ses créateurs s’amusèrent un jour de 2009 à échantillonner des cornemuses écossaises (à partir de vrais modèles Henderson – 1921, McDougall – ca 1870/1880, Lawrie – 1924,  et François – 2004), mais aussi des binious kozh et des musettes 23 pouces du Centre-France ; il s’ensuit une expérience nouvelle, celle de recréer, à l’aide d’un chanter-capteur et d’un câble usb (et, tout de même, d’une certaine capacité musicale à taquiner l’animal), la couleur et le grain de l’instrument vintage : www.universal-piper.com (en anglais, mais leur blog attenant est aussi en français) les reloads, les sauvegardes de presets, les tags et les fichiers xml sont le quotidien de ces cornegeekeux. Il existe même une application pour l’iPhone… (mais ce n’est pas vraiment étonnant, car bientôt il sera aussi possible de faire le café avec ce portable). On attend en revanche un échantillonnage de l’aire occitane.

http://fluteirlandaise.free.fr/SWP/rencontre5.html

Ici c’est un endophone ou still wave pipe : contrairement aux autres cornemuses virtuelles, cet instrument électroacoustique produit ses propres sons, et est donc comparable à une guitare électrique. En 2010 son inventeur, Christophe Hervé, ancien étudiant en génie des matériaux et en mécanique (et gendarme, pour la petite histoire), prospectait pour pouvoir commercialiser le futur outil du pipe-hero des années 2020…

Invasion sur la toile

Pour ce qui est de la Summa Cornemusensis, il faut bien sûr aller faire un tour sur l’incontournable Iconographie de la cornemuse en France (depuis 1986) de Jean-Luc Matte : véritable encyclopédie en ligne, elle ne se contente pas de reproduire la représentation gravée ou sculptée des vénérables sacs à tuyaux, mais aussi de magnifiques fac-simile de contredanses du xixe siècle, par exemple, ou plus généralement une typologie des instruments à vent :   http://jeanluc.matte.free.fr ; mais ce site de référence, bien qu’extrêmement fourni, pèche par son âge, vénérable également… la navigation, quoique astucieuse, n’y est pas naturelle et son design mériterait un rajeunissement.
Il existe des tentatives d’équivalent du site de J.-L. Matte, comme celui du piper américain Aron Garceau (du groupe Pryden, Vermont, USA) : http://www.prydein.com/pipes/ (en anglais).

Quant au site néerlandais http://gajdy.web-log.nl il faut signaler que notre boha y est appelée droneless bagpipe (cornemuse sans bourdon) ; mais l’intérêt de ce site est le nombre de pays à cornemuse. La quantité hallucinante de variations de cet instrument m’étonnera toujours. Et en plus, apparemment, on en redécouvre chaque année…

 


D’ailleurs d’après le site http://www.cornemuses.culture.fr/ du mucem (Musée des Civilisations Europe Méditerranée), « La cornemuse est un instrument pluriel. Selon l’endroit où on la trouve, elle n’est jamais la même, et pourtant il s’agit toujours d’une cornemuse, reconnaissable tant par sa forme particulière que par ses sons continus… ». Ce site est un modèle d’information et de pédagogie. Où l’on apprend entre autres qu’il convient de dire « cornemuseur » et non « cornemuseux », tant il est vrai que, finalement, la seule marque de noblesse de cet instrument en Occident réside dans la musette de cour, support d’un vaste répertoire baroque typiquement français3. Et en France on ne plaisante pas avec le langage.
Un autre petit musée virtuel se trouve dans le site de la Fraternelle, http://www.pipeshow.net/musee-virtuel.htm avec notamment une remarquable galerie de photos de soixante cornemuses rassemblées…
Qu’elle vienne de Gascogne, de Suède, de la Mer Noire ou de l’hyper-espace, la cornemuse se porte comme un charme et s’épanouit sur le web. Mais on attend un vrai discours ou un manifeste sur les tempéraments et les différences intrinsèques à l’instrument, ou bien un débat enflammé sur le diapason, par exemple…




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