Archive for the ‘La rantèla’ Category

n°25 – Pastel en ligne / juillet 2014

Il n’est presque plus possible de vivre en ville sans musique. Chaque magasin, chaque restaurant, chaque café a sa musique d’ambiance, même chez le dentiste… et ne parlons pas du métro ou des parkings souterrains, qui lorsqu’ils ne sont pas bloqués sur une radio insupportable, passent de la musique classique (qui commence à Vivaldi et s’arrête à Brahms pour le plus récent), censée apaiser… de quoi ? de la ville ? du stress ? Les compositeurs du XIXe siècle se doutaient-ils qu’aux siècles prochains leurs œuvres serait assimilée à de la thérapie ?
Et puis de nos jours, honnêtement, quelle fête entre amis, quelle crémaillère… ne dispense pas sa musique de fond (quelle qu’elle soit) ? Vraisemblablement depuis une quarantaine d’années il y a eu une translation douce, tacite, d’une pratique sociale vers un remplissage quasi-obligatoire de l’ambiance naturelle en direction de sons choisis, et même répertoriés (playlists en ligne) comme pour conjurer un hypothétique silence provoqué par gênes, embarras ou simplement timidité.
Mais ce phénomène apparemment ne date pas d’hier, car les musiques d’ambiance « commerciales » datent des années trente aux États-Unis (nous verrons ça un peu plus loin).
La musique d’ambiance a-t-elle été créée pour donner l’impulsion de consommation écervelée ? Pas seulement : elle peut procurer un effet relaxant. Et même servir d’auxiliaire à de la thérapie… Nous en trouvons quantité d’exemples sur la toile : elle porte aussi le nom de « musique new-age » (Andreas Vollenweider, Paul Winter, Christopher Franke… et bien d’autres). On pourrait aller jusqu’à l’appellation « lounge » et même « chill out » (il n’y a qu’à taper le mot-clef « lounge » sur SoundCloud : https://soundcloud.com/tags/lounge%20music pour se rendre compte de la production)

La musique new age

Voici une petite sélection (c’est du lourd ! Il n’y en a pas beaucoup mais ça dure longtemps)
En premier, une magnifique soupe (attention, quarante minutes) mitonnée par http://www.meditationrelaxclub.com

Puis un autre velouté de trois heures, avec cette fois du piano solo, agrémenté d’un écoulement d’eau tout du long. Une subtilité technique, qu’on aimerait rencontrer plus souvent : la possibilité d’écouter soit l’instrument seul, soit l’eau seule. Malheureusement je me suis rendu compte que le dispositif fonctionnait quand il voulait…)

Maintenant, huit heures de musique dite relaxante, avec une somme d’instruments pas très accordés… ça peut faire du bien, pourquoi pas ? (personnellement je ne tiens pas une minute). Produit par The Honest Guys (« séance de guérison profonde de l’énergie lumineuse de l’univers. » Toute une histoire !)

Mais au-delà de tout ce foisonnement sonore, la question ne serait-elle pas : « Pourquoi ce type de musique et pas un autre ? » On a vu avec le genre chill out que le rythme est un peu plus soutenu, comme pour accompagner un battement, voire qui amènerait à la danse. On peut croiser ici et là quelques accords dissonants (mais pas trop !), quelques ballades irlandaises, des accents d’Inde d’un Bollywood apaisé ou quelques envolées jazzistiques égarées, sorties de fin de nuit…

Plus scientifiquement, Mental Waves (http://www.mental-waves.com/) produit des enregistrements à visée thérapeutique. Cette entreprise exploite entre autres les sons isochrones (produits à intervalles réguliers, pour stimuler le cerveau aux ondes alpha, bêta, gamma, delta et thêta) et binauraux (le cerveau traite et mélange deux sons à fréquences différentes entendus de l’oreille droite et de l’oreille gauche pour en créer un troisième correspondant à la différence des fréquences des deux sonorités existantes).

… Où l’on découvre que « […] les battements binauraux sont un outil puissant pour la recherche cognitive et neurologique, abordant des questions comme : comment les animaux localisent des sons dans leur environnement tridimensionel et aussi la capacité incroyable d’animaux à pouvoir choisir et se concentrer sur des sons précis lors d’un brouhaha (connu comme l’effet cocktail party). […] »(Gerald Oster, Auditory Beats in the Brain, in Scientific America, 1973) Mais ça reste une entreprise purement commerciale, et aucun échantillon n’est fourni pour se faire ne serait-ce qu’une petite idée…

La musique d’ascenseur

La musique dite « d’ascenseur » a aussi le but d’apaiser, paraît-il… Mais je ne suis jamais allé dans un ascenseur qui passait de la musique. Est-ce que ça existe, au moins ? Voilà un échantillon de DIX HEURES de musique d’ascenseur :

J’ajoute que je ne suis jamais vraiment rassuré dans un ascenseur, quel qu’il soit… Le fait d’entendre une musique telle que celle-là ferait-il en sorte que je panique moins ? En fait il faut en voir l’origine dans les années 1930, où la compagnie Muzak produit quantité de musiques d’ambiance, largement utilisées dans les ascenseurs des gratte-ciels de l’époque… Aujourd’hui Muzak – probablement à cause de l’accent péjoratif dont le nom de l’entreprise était pourvu depuis des années – est devenue Moodmedia : elle propose des échantillons sonores aussi lisses et aseptisés qu’une peau de bébé WASP.

Même le talentueux Brian Eno a composé de la musique pour aéroports… ferait-il partie d’une jet-set musicienne fatiguée d’entendre de la soupe, au point de décider de créer son propre environnement de voyage ? Ça dure six heures :

On trouve même un fond (relaxant ?) sur les didacticiels mis en ligne, le plus souvent concernant des logiciels en open-source. Cet exemple est particulièrement parlant : il s’agit du programme de dessin en 3D Blender, et le fond musical, sans être trop envahissant, est très présent et fait mine de rythmer les indications du tuteur…

Enfin, une révélation : nous ne connaîtrons jamais le silence.

Grâce à John Cage et à son œuvre 4’33’’, nous saurons que le silence est un pur concept humain : voir « Le silence n’existe pas » sur http://pasfaux.com/4-33-le-silence-nexiste-pas

(ici avec l’orchestre symphonique de la BBC)

Cage écrivit dans Les confessions d’un compositeur (1948) que son désir le plus cher était de pouvoir composer un morceau de silence ininterrompu. Ce dernier durera 4 minutes et 33 secondes, qui est la longueur standard de la musique « en boîte » et que son titre sera « une prière silencieuse ». Cage commenta son œuvre : « Elle s’ouvrira avec une idée simple que j’essayerai de rendre aussi séduisante que la couleur, la forme et le parfum d’une fleur. La fin s’approchera de l’imperceptibilité » (extrait du site PasFaux)
Observation typographique malgré moi : sur ce film, la partition (qui se résume au mot « tacet ») est composée en ComicSans, ce qui est à mon sens un clin d’œil… Comme le fait de s’essuyer le front après le premier mouvement trahit le grand sens de l’humour de John Cage.

Quoi qu’il en soit nous n’en avons pas encore fini avec la recherche du son, qu’il soit relaxant, incitatif ou silencieux. Pour ce dernier cas, la leçon de John Cage est immense car elle devrait nous replonger dans le (faux) silence, propice à la réflexion, à la discussion, à l’écoute, simplement… ce qui est un premier jalon de la lutte contre la dictature de ce que j’appelle la musique obligatoire partout et tout le temps…

[ article non publié ]

n°23 – Pastel en ligne / mai 2013

music-typewriter
Une fois n’est pas coutume, je vais parler de typographie dans cette Rantèla. Quel rapport avec la musique ? D’abord (si j’étais versé dans le spiritisme) j’invoquerais volontiers l’esprit de Maximilien Vox (dessinateur, graveur, typographe, écrivain…) : « La typographie est un métier ancien et très simple, aussi simple que de jouer du violon, mais guère plus. »
Hormis pour les cultures qui se réclament de et qui fonctionnent par pure oralité, le point de rencontre est bien sûr l’écriture, expression laissée par une trace à un moment donné, qui se transforme tantôt en son, tantôt en discours intelligible.

Voici par exemple un petit film (Comprendre la musique) qui se trouve être un manifeste pour une approche intuitive de la musique (et non analytique) ; mais les réalisateurs allemands du studio Finally nous rapellent qu’au fond, avant d’opérer une critique, il est nécessaire de pouvoir faire le tour de l’objet, entre autres choses par la notation : c’est précisément le propos de ce film brillant, et son prétexte à prouesses d’animation et de 3D :

Norman McLaren, cinéaste d’animation canadien, a passé une grande partie de sa vie à gratter la pellicule, en adéquation avec le son. C’est un grand inventeur : continuateur de l’œuvre d’Émile Cohl ou d’Oskar Fischinger, il « trace » du son sur le support principal du cinéaste de l’époque (la pellicule des années cinquante) ; cet extrait montre ses hand-drawn sounds, avec une présentation des interprétations graphiques du son . Exemple surprenant de la trace sonore… qui rappelle la séquence didactique du film Fantasia de Walt Disney, tourné quelques années auparavant, que Oskar Fischinger, justement, a réalisée sur la Toccata & fugue en ré mineur de J. S. Bach.


Mais son talent fut éclatant dans la chorégraphie des signes, autres traces régénérées et mises en spectacle avec brio : Le Merle, chanson québécoise à accumulation, se préta parfaitement à ce genre d’exercice (1958) :

On pourrait raconter longuement la complicité entre musique et écriture, entre son et graphe ; je suis même persuadé que les maqâms ont un lien direct (ou l’ont eu) avec les différents styles d’écriture arabe : il n’y a rien de scientifique là-dedans, c’est juste un ressenti personnel ;  on pourrait par exemple apprécier telle calligraphie en style Tuluth en écoutant un taxim développé en mode Sikah, ou encore du Nuskhi avec le mode Hijaz puisque ce sont affaires de sentiments… et même si on peut trouver des correspondances de manière capillotractée(1) (telle calligraphie a été élaborée à telle époque dans telle région, donc il est probable que le mode musical dominant dans ce même lieu ait les mêmes connotations…), je suis sûr que des échos résonneraient en chacun de nous qui se prêterait à l’expérience.

Je m’en voudrais de passer à côté d’un sujet qui me tient particulièrement à cœur, celui de la typographie cinétique : Sebastian Lange a créé ce clip jubilatoire en typo cinétique avec la musique du groupe Forss. Il faut dire que nous goûtons là à la crème de cette discipline(2) : c’est on ne peut mieux réussi, notamment par l’extrême précision qui ferait pâlir de jalousie le moindre horloger suisse. Ce qui au fond n’est pas très étonnant car S. Lange a fait ses études à la Shule für Gestaltung de Bâle…

Pour ceux que la technologie numérique rebute, il existe un phénomène (mais qui va de pair avec cette technologie) qui consiste à l’« imiter » : les très talentueux Bertrand Jamot (photographe) & Philippe Tytgat (graphiste), entreprennent de fabriquer eux-mêmes leur propre typo cinétique « à la main »… Le résultat est un festival de bricolage, un hymne à l’artisanat. Mais ce qui frappe tout de même, c’est cette propension à reproduire analogiquement le numérique (de manière imparfaite, par définition) : ici c’est l’image et la typographie, par le système de la pixillation(3), là ce peut être la musique par le beatbox (ou multivocalisme, l’imitation par la glotte des machines à sons électroniques)… Je le perçois parfois comme une nouvelle esthétique, mais on pourrait très bien comparer ce fait à l’imitation des artefacts qui nous entourent et qui ne date pas d’hier (Les cris de Paris de Clément Janequin ou Cries Of London d’Orlando Gibbons, XVIe siècle) pour arriver à une œuvre élaborée… Quoi qu’il en soit, ici le parti pris rythmique est plus que pertinent, et de plus, le duo se paye le luxe de matérialiser certaines notes de musique…

… Et voilà l’élaboration de la chose :

1. Expression inventée par Pierre Desproges qui signifie tiré par les cheveux. « Un seul verbe vous manque et la phrase s’allonge » (dictionnaire des verbes qui manquent).
2. Depuis quelques années nous assistons à une floraison de petits films qui font s’exprimer la lettre comme elle ne l’a jamais fait auparavant (évoluant dans le temps, lui donnant une élasticité et une dramaturgie inédites), notamment grâce à l’utilisation de logiciels de motion design. Dès lors, la typographie ne pouvait que trouver un partenaire de choix en la personne de la musique…
3. Procédé de cinéma d’animation qui consiste à opérer une prise de vue multiple à l’aide d’un appareil photo (le plus souvent sur pied), de manière à simuler le mouvement… la persistance rétinienne achevant le travail.

 


n°22 – Pastel en ligne / juillet 2012

Pour cette Rantèla entièrement numérique, et inaugurant une nouvelle série, voici une sélection d’archéologues, de mécaniciens et de transcripteurs…

L’archéologie du son
Archeotronics, « la première émission consacrée à l’archéologie des médias sonores et à leurs manipulations ».
Le son du bébé qui pleure passé au logiciel AutoTune est complètement inédit ! De même que la « fusion » entre la Suite pour Violoncelle n°1, prélude, BWV 1007 de J. S. Bach et le Duo des antiquaires par Jean Poiret & Michel Serrault : il s’agit ici de l’application d’une invention de Roland Moreno (l’inventeur de la carte à puce) appelée Célimène (l’ancêtre de l’AutoTune, donc) : irrésistible…
Archeotronics est l’œuvre d’Alexis Malbert : à l’origine artiste plasticien, il est un talentueux inventeur, chercheur et divulgateur de la planète sonore. Directeur de la publication du magazine Discuts, il nous fait partager quantité de trésors. Une de ses gloires en tant que créateur sonore aura été l’invention de la scratchette (la k7 qui scratche) :
Dans l’un des numéros du magazine en ligne, qui a sa forme en pdf, il est question du found taping (traduisons pour l’instant par l’art de recycler les vieilles cassettes) et l’interview de Harold Schellinx, le pape de la chose, est très intéressante à ce sujet : il révèle qu’aux alentours de 2006-2007 le nombre de cassettes ou de bandes magnétiques trouvées dans la rue a commencé à fortement diminuer ; la mémoire sonore familiale (ainsi que picturale) se garde désormais sur Facebook et autres clouds… raison de plus pour explorer et restituer ces « sons perdus », restaurés, réarrangés et re-montés par Schellinx à la manière du « cut-up »(1) de William Burroughs (apparemment il n’y a pas grand effort à faire, puisque le cut-up en question serait déjà fourni naturellement avec le cadavre de la cassette…).

Cela dit, toute cette mémoire de bandes magnétiques bien tangibles est récupérée, transformée, stockée et répertoriée sur un espace « nuageux » et il y a un dispositif sur cette page qui permet d’écouter les résultats de ces trouvailles en streaming (avec iTunes).

La mécanique du son


L’écriture braille fut inventée au XIXe siècle, comme la musique mécanique. « Il s’agit d’une exploration sonore qui réoriente le texte écrit (qui nous est familier)… Cela se traduit par la musique. L’objectif est de conférer au texte une forme au-delà de la langue écrite et parlée. Le texte a été traduit en braille, qui fonctionne comme une partition, transformée en papier à musique qui alimente la boîte à musique. Le résultat joué dans cette vidéo est la conversation transcrite entre deux concepteurs. » Merci à Geoffrey Dorne qui a déniché cette vidéo… J’aime les télescopages de langages : ils procurent parfois une impression d’infini… comme si tout était encore à réexplorer.
Et en restant dans le même domaine « musique mécanique » mais dans un tout autre registre (virtuel, celui-ci)…

Un jeune designer coréen propose une application pour tablette et pour smartphone : il s’agit ni plus ni moins de créer sa propre musique mécanique à l’aide de son iPad ou de son iPhone…
C’est un fait marquant : de plus en plus, le degré de virtualité qui est atteint dans la création d’applications et de gadgets n’a d’égal que l’attachement à reproduire de la matière palpable à l’extrême, et cet attachement à l’esthétique « rétro » (mais le mot vintage viendrait heureusement au secours d’une langue française si pauvre, selon certains…) déborde de nos pages web. Non seulement l’image reproduite sur ces écrans respire la patine, mais en plus l’application est vendue avec un argumentaire flattant et aiguisant notre mémoire des sons de boîtes à musique, qu’on ne trouve plus que chez les antiquaires.
Bien sûr il y a toujours des savants fous dans ce genre d’exploration : à côté de ses recherches plus complexes, le compositeur autrichien Karlheinz Essl a adapté pour papier à musique un chant de Noël très connu, qu’il prétend transformer en palindrome : il joue d’abord le papier à l’envers (recto-verso), puis en commençant par la fin, puis en commençant par la fin de l’envers, et enfin on a la surprise de reconnaître ce chant à l’endroit :

Puis il en a fait une transcription pour piano-jouet. C’est très intéressant du point de vue de l’approche sonore : c’est comme si l’auditeur savait de quoi il s’agit, mais sans en identifier le sens… j’imagine qu’ont lieu tous les jours dans le monde des phénomènes linguistiques similaires.

La transcription du son
Ce n’est plus très nouveau, mais ce détournement de langage est magnifique : il s’agit d’aller sur le traducteur Google, de copier ce petit texte (qui devient dès lors une partition) : « pv zk bschk pv zk pv bschk zk pv zk bschk pv zk pv bschk zk bschk pv bschk bschk pv kkkkkkkkkk bschk » puis de le coller dans la fenêtre de gauche. En bas à droite de cette fenêtre, il y a l’icône du haut-parleur. Cliquez et écoutez. Il y a ici détournement non seulement de langage mais aussi d’outil (de traduction, en l’occurrence) : les inventions numériques que l’on rencontre un peu partout sur la toile deviennent, souvent malgré elles, des agents de création… Voir aussi l’œuvre de ce pianiste taïwanais… toujours un travail sur le même outil de traduction Google :
Mais finissons en beauté cette Rantèla par Giant Steps de John Coltrane :

C’est la transcription littérale d’un solo de sax ténor de Coltrane ; il suffit de fixer le centre de la vidéo et de se laisser porter (remarquons que le transcripteur a allègrement ignoré le piano avec un certain humour… ce qui néanmoins fournit une bonne respiration à tout ce foisonnement de rythme visuel).

1. Faites vous-même votre cut-up littéraire : collez un texte dans la fenêtre et cliquez sur « Cut It Up »… Il est possible de voir aussi un film sur Ubuweb qui explique les méthodes de couper-coller de Burroughs (le film dure 87mn et est pour l’instant en anglais non sous-titré).


n°6 – PASTEL n°53 / avril 2004

• Coma disià lo Darry Cowl (quand parla el de tot l’argent qu’a perdut al jòc), dirià ièu que i a maites de sitis intèrnet en occitan que se pòt creire, e mens que se pòt soscar… Lo fenomèna del “vilatge global” tocarià tanben (demest d’autres subjèctes) las lengas minoradas, amb fòrças paginas, mas plan malurosament dins aquelas paginas, n’i a plan que son tròp vielhas (de mai de cinq ans) o encara tròp desenhadas per d’amators. Çaquelà totas las causas cambian pauc a pauc, e aital ara se pòt anar sul malhum en particular amb lo motor Google en occitan : http://www.google.com/intl/oc… Per çò de la grafía, plan de sitis son provençals (perdon : provençaus) e d’aquel biais presentats amb las doas grafías (la de Mistral et la de Perbòsc, amb qualques còps, solament la de Mistral). Se s’escribià coma aquò (de veser http://www.felibrige.com) an’aquesta epòca (sègle XIX), èra per far coneisser una autra lenga romana e la sía literatura als francimands (çaquelà un premi Nòbel !) ; mas uèi se pòt pas mai escriure aital, que enlòc dins lo mond trobaretz pas una lenga que s’escriu d’un biais especial per esser prononciada per de monde que la parlan pas ! (Cal veser tanben http:// http://www.lpl.univ.aix.fr/ guests/ieo/ieo.html)

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Per aquèla causida, val mai se limitar a pauc de sitis, coma http://occitanet.free.fr (en occitan, francès e anglès) : aquel d’aquí es pro complet, que i a de tèmas nombroses (arts, multimedià, torisme, lingüistica (articles del Patric Sauset, que son plan interessants… mas esperam per lèu-lèu lo seu diccionari famós sul oèb…). Malurosament fòrças ligams son anullats…

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http://www.chez.com/lengadoc/ (en òc) : un siti plan fornit, que tracta de literatura, de politica, e generalament de cultura : “320 paginas oèb d’occitan montpelheirenc”…
Per parlar de causas divèrsas, i a una agéncia per l’emplec http://www.emplec.net (en òc), de Pau, e tanben un jòc de ròtle sul tèma dels trobadors ; cal anar sul “siti de Guilhem IX” :
http://www.geocities.com/Athens/7156/ (en òc), que ma’sembla plan documentat sul sègle XIII, mas los jogaires deven s’exprimir en occitan modèrn : òm pòt pas tot aver, cal pas demandar de peras a un píbol…
Qué que ne sià, las basas son pausadas per los tres milions que parlan occitan, mas a despart http://www.oc-tv.net (ont pr’aquò trapi de pècas tecnicas cada còp que vau sus aquel siti), òm espèra mai en 2004 : una expression vertadièra e una cutura de creacion contemporanea occitana sus l’intèrnet…

• Paraphrasant le comédien Darry Cowl (au sujet des sommes d’argent qu’il a perdues au jeu) je pourrais dire qu’il y a plus de sites internet en occitan qu’on ne le croit, et moins qu’on ne le pense… Le phénomène du “village global” touche donc entre autres les langues minoritaires, avec un nombre considérable de pages, mais il est à regretter que beaucoup parmi ces pages en occitan — ou sur la culture occitane — soient vieillies (plus de cinq ans) ou encore trop empreintes d’amateurisme. Mais toutes choses évoluent, et c’est ainsi qu’on peut maintenant accéder au “malhum” (réseau) grâce notamment au moteur Google en occitan :
http://www.google.com/intl/oc/…
À propos de la graphie : beaucoup de sites sont provençaux, et donc présentés avec les deux graphies (mistralienne et normative, parfois avec la seule mistralienne). Si la manière d’écrire de F. Mistral (voir http://www.felibrige.com) a été fort utile en son temps, à savoir faire connaître aux francophones une autre langue romane et sa littérature (un prix Nobel, tout de même !), il est clair qu’aujourd’hui elle n’a plus son sens, car nulle part ailleurs vous ne trouverez une langue qui s’écrit en fonction d’une autre ! (Voir aussi http://www.lpl.univ.aix.fr/guests/ieo/ieo.html).
Pour cette sélection je vais me limiter à un nombre réduit de sites :
http://occitanet.free.fr (en occitan, français et anglais) : celui-ci est assez complet, il concerne de nombreux sujets, des arts au multimédia en passant par le tourisme, et comporte quelques articles très intéressants sur la linguistique, signés Patrick Sauzet (à ce propos, on attend avec impatience la remise en ligne de son précieux dictionnaire !). Malheureusement de nombreux liens sur ce site sont invalides…
http://www.chez.com/lengadoc/ (en occitan) : site très fourni sur la littérature, la politique, la culture en général : “320 pages web d’occitan montpellierain”… Pour la diversité, je mentionnerai une agence occitane pour l’emploi, http://www.emplec.net (en occitan) basée à Pau, et un jeu de rôle sur le thème des troubadours, sur le “site de Guilhem IX” : (http://www.geocities.com/Athens/7156/ (en occitan), apparemment très documenté sur le XIIIe siècle, mais où les joueurs doivent s’exprimer en occitan moderne. On ne peut pas tout avoir non plus, faut pas exagérer…
Quoi qu’il en soit, et les bases étant posées pour les trois millions d’occitanophones, on attend toujours en 2004 (mis à part http://www.oc-tv.net et néanmoins ses petits défauts techniques récurrents) une véritable expression numérique, une vraie création contemporaine occitane sur l’internet…

THE RÉSEAU

n°5 – PASTEL n°52 / septembre 2003

Les musiques traditionnelles prennent (succès oblige) une place croissante dans l’Internet, à tel point qu’elles nécessitent au même titre que n’importe quel autre domaine une mise en réseau cohérente. En France, ce “réseau” n’a pas attendu l’avènement du web pour exister : la FAMDT regroupe les associations (au nombre de 83 en cette fin de l’année 2003) “qui participaient depuis 1982 à la Commission Consultative sur les musiques traditionnelles créée par la Direction de la Musique & de la Danse, au Ministère de la Culture”. Pour en savoir plus sur les objectifs de la FAMDT, voir le site http://www.famdt.com.

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On y trouve surtout les liens sur la totalité des associations affiliées, précieux ensemble de fiches de coordonnées, mais seule la moitié des associations mentionnées a un site internet. L’éventail va cependant de l’association de musiciens amateurs au centre de notoriété nationale (voire internationale) comme le CIMT, affilié à l’IRMA (voir Pastel n°48), ou le magazine Trad’mag, en passant par les centres régionaux, comme le Conservatoire Occitan… Une liste impressionnante de liens vient conclure la page d’accueil, qui mériterait, soit dit en passant, un coup de neuf d’un point de vue graphique.

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http://www.eurotradmusic.net (en français et en anglais)
Tout part de Parthenay ! Le Réseau Européen des Musiques & Danses Traditionnelles a été créé en 1997, bénéficie du soutien de la Commission Européenne, et est administré par la FAMDT. Bien que la rubrique “événements” soit quasiment inexistante — j’imagine que c’est dû à l’inertie administrative d’un (vieux) continent en devenir — les liens, en revanche, y sont très riches : institutions, médias, luthiers, éducation… Mais on peut regretter que beaucoup de sites ne se présentent qu’en leur langue vernaculaire (comment peut-on raisonnablement se documenter sur un festival ou sur un stage de violon en croate ou en danois ?… de plus, actuellement les traductions automatiques sur Internet tiennent plus du gag que du renseignement clair : essayez, vous verrez, c’est assez amusant).

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http://www.mnemo.qc.ca Québec (en français et en anglais)
Bien que n’étant pas à proprement parler une fédération d’associations, ce site de nos cousins d’outre-Atlantique est important, et le curieux pourra trouver des informations spécialisées dans le lien “bulletin” (série de chroniques), notamment les rapports raisonnés entre la musique québécoise et les musiques traditionnelles françaises.

The Menace
Un mot pour sensibiliser le lecteur sur la sérieuse menace qui pèse sur la culture en France. Et les musiques traditionnelles bien sûr ne sont pas épargnées. La FAMDT ouvre la page d’accueil de son site par une prise de position sans ambiguïté contre le protocole signé le 26 juin 2003 par le MEDEF et des syndicats minoritaires (CFDT, CGC, CFTC…) qui réforme l’assurance-chômage des intermittents sans aucun dialogue préalable, et avec une hypocrisie exemplaire, puisque ce protocole, censé réprimer certains abus de grandes entreprises de l’audiovisuel, en réalité vise à terme à supprimer des pans entiers d’une population active dans le domaine culturel. Je reproduis ici des extraits de la conférence de presse animée par François Breugnot (Aligot Élément, La Fabrique) le 17 juillet 2003 à Riom (voir http:// http://www.amta.com.fr/fr/index.asp à la rubrique “actualités”) :

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« (…) Ce qui nous menace tous aujourd’hui c’est bien une dérive de l’état de la vie collective, dont culturelle, que nous essayons de maintenir et de développer avec la diversité la plus grande possible ; dans une vraie symbiose entre professions spécifiques, tissu associatif, collectivités et institutions. C’est le public, les
publics qui sont attaqués aussi et, à terme, privés d’espace imaginaire, de plaisirs conviviaux, de découverte et d’échange par un projet scélérat de réorganisation des conditions d’accès à l’assurance chômage pour les artistes et techniciens professionnels (…) Décidément, ce sera bientôt beaucoup plus facile de choisir ses soirées puisque, sans trop forcer le trait, on aura le choix entre le ballon rond à l’écran, la misère télévisuelle façon loft ou nice people et dans des salles de spectacle des tournées de superstars aussi épisodiques que chères. Il est temps de répéter que la culture n’est pas un luxe, qu’elle vit si elle est variée et libre et que l’activité de ceux qui la font génère aussi des retombées en terme de qualité de vie, de lien social et d’éducation. Tous les citoyens se doivent de se poser au moins une fois la question en termes de choix de société quant à la place qu’y occupent ces activités. »

n°1 – PASTEL n°48 / novembre 2001

« L’anarchie régnant sur le web est telle que je vous défie de distinguer les bons plans des bidonnages. » (Umberto Eco, Comment voyager avec un saumon, Grasset, 1997)
La “toile” est comme une mégapole, on y trouve le meilleur (de vraies informations, de l’actualité, des documents accessibles au plus grand nombre… et parfois, de véritables bijoux de créativité multimédia) comme le pire (des sites qui vous donnent la déprime et un mal de tête carabiné par leurs choix de mise en page et de couleurs, des erreurs d’informations, des bœugs à n’en plus finir…).La planète “trad”, qui regorge de sites, ne faillit pas à cette généralité. Je ferai grâce au lecteur de la deuxième catégorie.

musictrad.jpg Deux sites français m’ont paru intéressants parmi les plus fédérateurs : http://www.musictrad.org Il s’agit d’un site — apparenté au Centre de Danses & Musiques Traditionnelles d’Île de France — mettant en valeur l’actualité trad en France, par l’intermédiaire des groupes, manifestations… mais le fer de lance de cette entreprise reste le fameux “trad-bottin” qui est censé rassembler le plus possible de groupes de musique traditionnelle en France avec accès notamment à l’aide de mots-clé. C’est là qu’on s’aperçoit à la fin de l’année 2001 qu’il serait grand temps que les musiciens de notre région qui veulent être contactés pour jouer s’inscrivent à un cyberbottin, quel qu’il soit, sinon le public croira par exemple que la boha (nom occitan de la cornemuse gasconne, à anche simple) est une cornemuse celtique. Je n’invente rien : entrez “boha” comme mot-clé et vous tomberez sur un seul groupe qui en utilise une, et breton de surcroit ! Quant aux liens, il s’agit du même symptome : sur Midi-Pyrénées, un seul site de groupe de musique traditionnelle ! (pour la Bretagne, quarante-deux… ça donne le vertige). En revanche si l’idée vous vient d’activer la photo du groupe Nadau présentée en actualité sur la page d’accueil, un lien s’établit avec le site de Joan-Miquèu Espinasse, où la fameuse boha aura son droit de cité. Pour en revenir au site cité, le “forum” est un dépôt de petites annonces actualisées, mais la liste des “publications” se résume à ce jour à trois titres : l’incontournable Trad-Mag, Ethnotempos — qui est aussi une liste de discussion (http://www.egroups.fr/group/ethnotempos) et un site sur les musiques ethniques, du monde, trad, évolutives… (http://www.ifrance.com/ethnotempos) — et (surprise) “le Canard de Barbarie” qui renvoie à un site toulousain spécialisé dans l’orgue de barbarie (http://www.leludion.com). Cela dit, de nombreux autres liens existent et attendent que vous les cliquiez…

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http://www.irma.asso.fr/cimt/ « Le Centre d’information des musiques traditionnelles (CIMT) a été créé en 1992 à l’initiative d’un collectif d’artistes qui souhaitaient disposer, dans le domaine des musiques et danses traditionnelles, d’un outil d’information, de conseil et de valorisation, tant dans le secteur professionnel que pour la pratique amateur. Il s’adresse aux acteurs de toutes les traditions présentes sur notre territoire, qu’elles soient françaises, issues de l’immigration ou de l’expression des cultures populaires ousavantes extra occidentales. » C’est par cette épigraphe que nous accueille Jean-François Dutertre, président du CIMT. Site très instructif, à vocation généraliste, et hébergé par l’IRMA (Informations & Ressources pour les Musiques Actuelles. Pour ceux qui croient encore queles musiques traditionnelles appartiennent au passé, l’IRMA regroupe jazz, rock, chanson, hip-hop, musiques électroniques et musiques traditionnelles…). La “bibliothèque virtuelle” contient une abondante documentation juridique, administrative et professionnelle (constituée soit de liens à des sites gouvernementaux, soit de documents à télécharger sous format .pdf ou word) et musicologique. On trouvera ici par exemple un texte passionnant du même J.-F. Dutertre “Musique traditionnelle & modernité” tiré du colloque “Musique & Politique (Rennes, 1994) ou bien un “lexique des genres et des termes musicaux” très précis et très fourni ; des bibliographies, etc. Il y a aussi un “glossaire d’instruments” qui renvoie pour certains points à des sites spécialisés, et parfois à d’autres glossaires (je pense au site pédagogique très réussi CDrom-musique (http://www.cdrom-musique.com), concocté par Gallimard jeunesse et France Télécom Multimédia sur les instruments du monde).

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Les curieux qui veulent naviguer hors des pays d’Oc et d’Oil peuvent appeler la bibliothèque universitaire de Washington sur leur écran : http://www.lib.washington.edu/music/world.html Ce site renvoie sur une grande quantité de sites internationaux, par exemple un site japonais spécialisé dans la technique du chant diphonique… Bon courage et n’oubliez pas de déconnecter avant d’aller vous coucher.